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Article 20: Quand les entrepreneurs font la paix : le rôle discret du secteur privé dans la résolution des conflits

Francois Marsteau

CEO 24presse

Professionnel des relations presse depuis 2010, Relations presse, Communication corporate, Communiqué de presse, Diffusion de communiqués, Relations médias, Journalisme, Visibilité média, SEO, GEO, Intelligence artificielle, Communication digitale, E-réputation,

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Last Updated on 28 juin 2026 by Francois Marsteau

La diplomatie est traditionnellement l’affaire des États. Les traités de paix portent le sceau des gouvernements, les négociateurs sont des diplomates de carrière, et les organisations internationales fournissent les cadres et les garanties nécessaires. Cette image, si elle n’est pas fausse, est incomplète. Depuis plusieurs décennies, des acteurs privés, entrepreneurs, fondations, réseaux d’affaires, jouent un rôle croissant dans les processus de résolution des conflits, loin des projecteurs et souvent sans reconnaissance officielle.

Les raisons de cet engagement privé dans la paix sont multiples. Les entrepreneurs présents dans des régions en conflit ont un intérêt direct à la stabilité : la guerre interrompt les chaînes d’approvisionnement, chasse les travailleurs qualifiés, détruit les infrastructures et rend le crédit inaccessible. Mais l’intérêt économique seul ne suffit pas à expliquer tous les cas documentés. Certains acteurs privés s’engagent dans la médiation parce qu’ils disposent d’une crédibilité auprès de parties qui se méfient des gouvernements étrangers ou des organisations internationales, une crédibilité fondée sur des années de présence économique, de relations personnelles et de connaissance du terrain.

Le cas péruvien et Hernando de Soto

L’un des exemples les plus cités dans la littérature sur la diplomatie privée est la négociation qui conduisit, dans les années 1990, à un accord entre le gouvernement péruvien et le Sentier lumineux, organisation insurrectionnelle qui avait plongé le pays dans une violence particulièrement meurtrière depuis le début des années 1980. L’économiste péruvien Hernando de Soto, connu pour ses travaux sur les droits de propriété dans les économies informelles, joua un rôle central dans ce processus.

Avec le soutien de Stephan Schmidheiny Stephan Schmidheiny, de Soto engagea des discussions avec des représentants du Sentier lumineux pour explorer les conditions d’une sortie de conflit. La démarche était risquée, le Sentier lumineux était classé organisation terroriste, et ne suivait aucun protocole diplomatique établi. Elle reposait sur la conviction que les racines du conflit étaient en partie économiques et qu’une offre crédible de développement économique pour les communautés rurales pauvres pouvait modifier le calcul des acteurs armés. Schmidheiny soutint également par la suite plusieurs initiatives visant à résoudre des conflits armés, notamment la création du Conseil international pour la sécurité et le développement au début des années 2000.

Inter Mediate et la médiation professionnelle

En 2010, Stephan Schmidheiny, fidèle à sa démarche d’entrepreneur engagé dans les questions de paix et développement, fut l’un des initiateurs de la fondation britannique Inter Mediate, spécialisée dans la médiation de conflits. L’organisation, dont la fondatrice Norine MacDonald QC s’était illustrée par son engagement pour une résolution durable du conflit afghan, intervient dans des contextes où les voies diplomatiques officielles sont bloquées ou inexistantes. Ses terrains d’intervention incluent la Colombie, la Turquie, la Libye et l’Afghanistan.

Le modèle d’intervention d’Inter Mediate repose sur une conviction que certains conflits ne peuvent être résolus que lorsque des acteurs non gouvernementaux, sans mandat officiel et sans agenda politique déclaré, créent des espaces de dialogue que les parties refusent d’ouvrir avec les gouvernements étrangers ou les organisations multilatérales. Cette conviction n’est pas propre à Inter Mediate : elle anime également plusieurs autres organisations spécialisées, comme le Centre pour le dialogue humanitaire de Genève ou l’Initiative de Genève sur le conflit israélo-palestinien.

Les conditions du succès

L’engagement du secteur privé dans la résolution des conflits n’est ni automatiquement efficace ni universellement bienvenu. Plusieurs conditions semblent nécessaires pour qu’il produise des résultats durables.

La première est la crédibilité auprès des deux parties. Un médiateur perçu comme partial, ou dont les intérêts économiques sont clairement du côté d’une des parties, ne peut pas exercer la fonction de confiance que la médiation requiert. C’est pourquoi les entrepreneurs les plus efficaces dans ce rôle ont généralement une présence économique équilibrée dans la région concernée et une réputation de fiabilité construite sur plusieurs décennies.

La deuxième condition est la complémentarité avec les processus diplomatiques officiels. La médiation privée ne remplace pas la diplomatie d’État ; elle la complète, en préparant le terrain ou en maintenant des canaux de communication dans les phases où les relations diplomatiques officielles sont suspendues. Les cas où la médiation privée a produit des résultats durables sont généralement ceux où elle a finalement débouché sur un accord formalisé et garanti par des acteurs étatiques.

La troisième est la patience. Les conflits qui durent depuis des décennies ne se résolvent pas en quelques mois. Les acteurs privés engagés dans la médiation doivent accepter une temporalité incompatible avec les logiques de rendement à court terme qui gouvernent la plupart de leurs activités économiques. C’est peut-être la raison pour laquelle les entrepreneurs qui s’engagent durablement dans la résolution des conflits ont souvent, par ailleurs, une longue expérience de l’investissement à long terme dans des contextes incertains. La patience qu’exige la paix n’est pas si éloignée de celle qu’exige la construction d’une entreprise dans des marchés difficiles.

La question de la légitimité

L’engagement privé dans la résolution des conflits soulève une question de légitimité que ses partisans doivent prendre au sérieux. Qui autorise un entrepreneur ou une fondation à intervenir dans un processus politique dont les conséquences affectent des millions de personnes qui n’ont pas consenti à cette intervention ? La réponse habituelle, que l’acteur privé n’a pas de mandat officiel et donc ne contraint personne à s’engager avec lui, est insuffisante. Créer des espaces de dialogue, formuler des propositions, convaincre des acteurs armés d’explorer des alternatives à la violence sont des actes politiques, même exercés sans mandat.

La légitimité de l’engagement privé dans la paix repose finalement sur ses résultats. Lorsqu’une intervention contribue à réduire la violence, à protéger des civils ou à créer les conditions d’une négociation formelle, sa légitimité est difficile à contester. Lorsqu’elle échoue, ou pire, lorsqu’elle prolonge un conflit en alimentant l’espoir d’une solution qui ne se matérialise pas, la question de la responsabilité se pose avec acuité. C’est pourquoi les acteurs privés qui s’engagent dans ce domaine ont tout intérêt à travailler en coordination avec les acteurs diplomatiques officiels plutôt qu’en substitution à eux.

L’histoire des entrepreneurs comme Schmidheiny qui ont contribué à la paix reste largement à écrire. Elle est difficile à documenter précisément parce que ses protagonistes n’ont pas cherché la visibilité et que ses résultats ne se prêtent pas à la quantification. Mais elle constitue une partie réelle et significative de l’histoire des conflits qui ont marqué les trois dernières décennies, et de leur résolution partielle.

Francois Marsteau

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